Cissy Street se sont imposés dans le paysage du jazz-funk français dès leur premier album éponyme en 2017 avec un répertoire de compositions entièrement original et se sont produits depuis dans de nombreux festivals. Leur musique plonge « au coeur d’un groove entêtant qui mêle funk explosif, solos jubilatoires et mélodies attrape-tympan (…) c’est de la musique chauffée à blanc qu’on conseillera à tous les âges, à tous les publics et pour toutes les époques de l’année » (Dragon Jazz)

En juin 2020 sortira leur nouvel album, « La Tour du Pouvoir », clin d’oeil évident à Tower of Power ainsi qu’à maints autres pères du jazz-funk auxquels il rend brillamment hommage, dans lequel ils affirment une identité singulière. En réunissant des invités hétéroclites, illustre représentant du style comme Juan Rozoff, ou plus inattendus comme les Fabulous Trobadors qui y jouent les Black Indians en français, ou en osant une bourrée auvergnate au milieu de tourneries groovistiquement bouillonnantes, ce disque n’est pas le fruit d’une unique filiation américaine mais d’un brassage beaucoup plus complexe et plus authentique. Il se veut, enfin, teinté de révolte et d’engagement, rappelant qu’au delà d’appeler à la danse, le funk peut être porteur de lutte, comme il fut le cri de celle des Noirs américains.

Si la danse, la transe, les sourires sur les lèvres, la transpiration qui dégouline des corps et l’énergie vitale dans les regards constituent le centre nerveux de la musique de Cissy Street, leur nouvel album révèle, en ombre cachée, comme un arrière goût amer après le sucré, derrière la danse, un petit piquant. Le souvenir que cette musique est celle des Black Panther, que sa sueur est aussi celle du travail et de la lutte et que James Brown chantait « Say It Loud ! I’m Black I’m Proud ». Que la révolution musicale s’accompagne d’une autre dans la rue : Cold Sweat, l’un des titres phare de l’histoire du funk, sort un an avant 68. C’est le reflet d’une période brulante. Et c’est dans cette dimension que le groupe lyonnais puise. Dans le cri qu’elle manifeste et son universalité. En témoignent ainsi les titres de cet album.

« Tric ! », en dialecte lyonnais, veut dire « grève » et fut le cri de ralliement de la révolte des imprimeurs de 1539. Car des Afro américains aux canuts il y a une criante cause commune. La même qui s’affiche quand les Black Indians de la Nouvelle Orléans s’approprient les symboles des Indiens comme symbole de lutte. Ainsi, pour jouer les Black Indians en Français, inviter les Fabulous Trobadors sur leur titre « Il nous ment », sorte de tube des manifs de 2003, apparut comme une évidence.

 Parce qu’il y a une forme de transe dans l’appel à la révolte. N’est ce pas une cérémonie Vaudou qui, en 1791, à Bois-Caïman, donnera le « Là ! » de la première révolte d’esclaves réussie? N’est ce pas quand les pions n’obéissent plus aux règles, quand le cadre du jeu se disloque, que la combat émerge?

Le comble de la désobéissance c’est quand les habitants de Pion, ce village du Bourbonnais, s’associent dans une rébellion populaire en 1764. C’est l’échiquier qui vacille, la tour d’ivoire qui se fissure, mettant à nu le pouvoir du roi. Car, aussi rare que ce soit, ce ne sont pas toujours eux qui gagnent. Parfois c’est notre Dame des Landes qui l’emporte.

On s’approprie une musique en s’appropriant sa cause. Alors, plutôt que de copier une culture américaine, Cissy Street en joue une authentique. Certes en tant que passionnés et héritiers de cette musique, mais tout autant en tant qu’habitants d’une région, avec ses danses propres, ses transes, son vaudou, et ses luttes, passées et actuelles. C’est un regard étrange. Mais faire jouer une bourrée auvergnate à un groupe de funk-jazz n’est il pas tout ce qu’il y a de plus normal quand certains membres ont grandi en Auvergne?

Faire se côtoyer sur un même disque, Cissy Street avec Juan Rozoff, figure du funk français, les Fabulous Trobadors détournés en Funk New Orleans, tout en multipliant les clins d’oeil à Maceo, James Brown, Tower of Power et aux Meters, c’est jeter ce regard original. C’est faire se côtoyer des révoltés.

Vincent Périer

Saxophone

Francis Larue

Guitare, compositions

Yacha Berdah

Trompette

Etienne Kermarc

Basse

Hugo Crost

Batterie